Conte soufi : Un vieil homme est interrogé : "Que ferez-vous en arrivant au paradis ?"

L' homme répond : "Je n'irai pas au paradis ! J'irai en enfer ! Oui j'irai en enfer, j'y mettrai une main et j'en sortirai ceux qui y sont enfermés !"

Ce soufiste incarne lui-même le paradis, à moins qu'il n'en ait cure de ce paradis, il l'a vécu sur terre et il en est le représentant parfait. Parfait jusqu'à ne pas entrer immédiatement dans ce paradis promis, jusqu'à faire un petit détour par l'enfer pour prendre soin de ses frères encore et toujours.

Un paradis parfois et souvent même inaccessible pour les communs des mortels. Sans doute ces condamnés à l'enfer ont souffert du mal qu'ils ont infligé à leurs frères. Ils sont condamnés pour n'avoir pas réaliser le plan de Dieu sur terre : construire un monde de paix et de justice. Ils n'iront donc pas jouir des magnifiques jardins où coulent des fleuves où vivent de belles houris. 

Pour l'ensemble des religions et en particulier pour l'islam, le judaïsme, et le christianisme : l'homme a l'obligation de construire un monde de justice et de paix.

Ces trois religions tendent à nous faire agir et vivre à l'image de Dieu. (Genèse 1, 27 ) Le paradis est cet état de fait : un monde ou si vous préférez un coeur, ou encore un homme ou une humanité dans laquelle il n'y aurait pas encore ou pas du tout rupture de communion avec Dieu. On pourrait dire familièrement un moment où il n'y aurait pas de coup de canif dans le contrat pour l'islam, pour les chrétiens et les juifs nous dirions dans l'Alliance. Bref, le paradis est un instant, un lieu, un moment idyllique, béat où chacun vivrait son humanité divinement bien. Et pourtant "le paradis n'est ni un lieu, ni un instant, il est Dieu lui-même" nous dit Grégoire de Nysse. Le paradis perdu est cette rupture entre Dieu et les hommes. Il y a rupture de paradis dès que nous préférons le mal au bien, la violence à la paix, l'iniquité à la justice.

Si les trois monothéismes ont a priori une communauté de projets en souhaitant un monde de justice et de paix, leur vision du paradis diffère. D'ailleurs cette part de divinité que j'ai attribué au vieil homme soufiste est un trait étranger à l'islam. L'homme ne peut accéder à cette part de divinité mais l'homme est le représentant de Dieu sur terre. Ce qui fait que mon interprétation du conte soufi est certainement peut commune avec les théologiens de l'islam.

D'où une vision très différente du paradis : dans l'islam, le paradis ressemble à un luxuriant jardin terrestre où le bonheur est hédoniste, incarné, possédant. Dans le christianisme, le paradis est hors du monde mais dans l'âme des hommes et le bonheur est angélique, désincarné et radical. Pour le judaïsme, le bonheur est cérébral, il réside dans la connaissance et le déchiffrement du monde et donc au paradis les hommes étudieront. 

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